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02.07.2008

L'arche nouvelle...

Ces derniers temps, mes lectures m'ont amené à une oeuvre remarquable quoique fastidieuse, et j'avoue avoir pêché par paresse face à la grande oeuvre de Pierre Boutang qui a écrit Maurras, la destinée et l'oeuvre, seulement il y a un passage que je me devais de vous faire lire, c'est en quelque sorte l'épilogue de cette biographie sur la réflexion de toute une vie d'un Immortel, voici l'extrait qui me paraît pertinent (c'est-à-dire pertinent pour l'actualité de la jeunesse royaliste):

"Ne croyez pas que je déclame, je confie à ce papier le fond et la moelle de mes pensées, je les traîne dans un désordre qui tient à l'alarme que vous me donnez. Songez! Abandon de combat. Songez encore! Expatriation! Joli, l'engagement, alors! Ces choses graves donnent aux mots le son le plus dur. Mais j'ose alors dire en revanche, voilà qui sacre le petit bâtiment qui embarque nos destinées, avec son hérédité spirituelle d'A.F. incontestable, avec le beau retour à l'unité obtenu, par l'art et bon sens de Justinien, avec d'autres retours que je désire et espère, car enfin pourquoi ne pas envisager quelque rentrée eventuelle de Lagor et de "Video". Mais je n'ajoute pas: avec une reprise de l'équipe actuelle, car il n'y a pas de reprise à souhaiter, il n'y a qu'à continuer dans le même sens, avec les mêmes armes, les mêmes méthodes à peine perfectionnées ou rétablies, et l'on aura vite fait ainsi de recréer, devant des catastrophes prochaines - et il y en a de menaçantes et d'inéluctables, mais qui ne s'abattront pas fatalement sur notre nation -  à recréer, dis-je, un refuge spacieux et fort, digne du nom français et qui serait le modèle de tous les civilisés. Nous bâtissons l'arche nouvelle, catholique, classique, hiérarchique, humaine, où les idées ne seront plus des mots en l'air, ni les institutions des leurres et des gabegies, où revivra ce qui mérite de revivre, en bas les républiques, en haut la royauté, et par-delà tous les espaces la Papauté. Même si cet optimisme était en défaut, et si, comme je ne crois pas tout à fait absurde de le redouter, si la démocratie - n'employant aucun des organes de la vie, de la bonne fortune, du succès de tout -, si la démocratie, dis-je, étant devenue irrésistible, c'est le mal, c'est la mort qui doivent l'emporter, et qu'elle ait eu pour fonction historique de fermer l'histoire et de finir le monde, même en ce cas apocalyptique, il faut que cette archo franco-catholique soit construite et mise à l'eau face au triomphe du Pire et des pires. Elle attestera, dans la corruption éternelle et universelle, une primauté invincible de l'Ordre et du Bien. Ce qu'il y a de bien et de beau dans l'homme ne se sera pas laissé faire. Cette âme du bien l'aura emporté, tout de même, à sa manière, et, persistant dans la perte générale, elle aura fait son salut moral et peut-être l'autre, Je dis peut-être, parce que je ne fais pas de métaphysique et m'arrêt au bord du mythe tentateur, mais non sans foi dans la vraie colombe, comme au vrai brin d'olivier, en avant de tous les déluges."