24.01.2009

Après la crise financière, la crise universitaire?

 

Un brillant académicien disait il y a un demi-siècle de cela, concernant la liberté qu’elle « n’est pas au commencement, mais à la fin. Elle n’est pas à la racine, mais aux fleurs et aux fruits de la nature humaine ou pour mieux dire de la vertu humaine. On est plus libre à proportion qu’on est meilleur ». En effet, l’écrivain Charles Maurras avait à cœur la notion de liberté, plus exactement la notion de liberté publique, or, dans les semaines à venir, le gouvernement risque de modifier le fonctionnement des Universités, et par là de toucher de façon significative à une de ces libertés publiques.Pourtant, l’actualité politique à ce sujet est aussi silencieuse que prolixe. Dun point de vue extérieur, notre ministre de l’Enseignement supérieure et de la Recherche (et énarque) semble compétente concernant la question dune réforme des universités. Encore faut-il se demander si luniversité a actuellement besoin dune réforme sans pour autant se situer dans un point de vue immobiliste. Cependant, et la question a été pertinemment soulevée par des professeurs de droit (Revue de Droit Public, 2008), cette question met laccent sur des points importants qui nécessitent une introspection.

Tout dabord, il faut bien voir que les principes de lUniversité républicaine sont reconnus par le Conseil constitutionnel et le Conseil dEtat qui vont trouver lexpression ou la confirmation de principes fondamentaux reconnus par les lois de la république. En 1984, le Conseil constitutionnel (la juridiction suprême qui est en charge de contrôler les lois au regard de la Constitution) consacre lindépendance des professeurs duniversité, cest-à-dire que les professeurs duniversité se voient reconnaître le principe dindépendance, principe protégé par la Constitution elle-même! Ce nest pas une consécration puisque Jules Ferry sétait déjà exprimé ainsi demandant de respecter « lindépendance professionnelle du corps enseignant », cependant lapport nouveau est la protection suprême de ce principe par la Constitution. Or, il est assez paradoxal que des professeurs constitutionnellement indépendants puissent voir leurs compétences et leur autonomie atteintes par des décrets qui juridiquement ont une valeur inférieure.

Mais pour bien appréhender le sujet, il faut voir la question de lautonomie, bien sûr les universités ne sont pas autonomes financièrement et sont assujetties aux lois et règlements. De plus, lautonomie ne sentend pas ici de la décentralisation qui concerne les collectivités locales, car lUniversité reste avant tout un établissement public. Cependant les universités sont autonomes dans le domaine financier, administratif, dans le domaine pédagogique et scientifique.Dans les grandes lignes, la réforme issue de la loi du 10 Août 2007 comprend plusieurs grandes séries de réformes.Concernant la gouvernance, le président et le conseil d’administration seront à l’avenir plénipotentiaires, il leur sera possible de vérifier les rémunérations des enseignants-chercheurs ou de s’opposer à leur mutation, etc.

Sans partir dans des détails trop techniques, cette réforme concerne la qualité de lenseignement qui touche aussi bien les professeurs que les étudiants, puisque le point est mis sur la baisse de la recherche de la part des professeurs. Tout part de ce fameux classement de Shanghai qui dresse sur un tableau la liste des meilleures universités à travers le monde, ceci à l’aide de critères, or, ces critères sont tout à fait inopérants en France. Comment comparer un super campus à l’américaine avec une faculté française? Cependant, nos dirigeants ont apprécié ces critères, et il est demandé aux enseignants-chercheurs un quota minimum de publications de recherches, pour entrer en concurrence avec ces universités étrangères, l’enseignant sera donc évalué individuellement sur la recherche, d’après un nombre de publications. Tout à fait stupide!

- premièrement, parce que la liberté de l’enseignant-chercheur, c’est aussi la liberté de pouvoir moduler entre l’enseignement et la recherche

- ensuite, parce que l’enseignant est noté individuellement sur la recherche, mais n’est pas noté sur son enseignement, quid de l’enseignant qui se consacre majoritairement à l’enseignement?

- cette évaluation suppose donc un quota de publications, on peut se demander s’il faut donc privilégier la quantité à la qualité? Le but de l’Université n’est pas de subordonner la qualité d’un enseignement riche et diversifié à la nécessité d’une quantité imposée de publications

La conséquence est triste, l’enseignant évalué négativement par rapport à ses recherches se voit non seulement doubler ses heures mais il se peut que les heures supplémentaires concernent des enseignements dont l’enseignant n’est pas forcément spécialiste, ce qui peut nuire à la qualité de l’enseignement. L’autre conséquence touche directement les jeunes diplômés, puisque, l’augmentation des heures de travail sous-tend à une baisse de l’offre d’emploi dans le milieu des universitaires…

Concernant les étudiants, il faut bien comprendre que si la qualité de l’enseignement est remise en question du fait de ces modifications, la qualité du diplôme sur le marché de l’emploi est nécessairement remise en question, et c’est pourquoi ce sujet est important, le milieu universitaire étant déjà suffisamment dévalorisé, et considéré comme l’école des moins bons et des mauvais parce qu’il n’y a pas de sélection à l’entrée… Ce qui est assez burlesque, c’est de savoir que ceux qui souhaitent modifier l’Université républicaine, sont certes diplômés, mais certainement pas de l’université, ce qui leur est reproché est non pas leur manière de gouverner, mais leur approche erronée du milieu universitaire…

Les points évoqués ici sont bien sûr survolés, puisque la réforme comprend dautres points tout autant sujets à critique, ce quil faut surtout voir, cest que tout le monde doit en être informé, car cette réforme quoiquon dise, quoiquon en pense, touche directement les universitaires, mais aussi les étudiants, et a une portée non négligeable sur ce qui est externe à lUniversité républicaine, car elle dévalue le si joli principe de méritocratie, et aura des effets catastrophiques sur le marché du travail pour les futurs diplômés des universités.

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